Stellantis abandonne le tout-électrique : 22 milliards d'euros pour un reset stratégique massif
Stellantis marque un tournant décisif dans l'industrie automobile. Avec une provision exceptionnelle de 22 milliards d'euros, le géant franco-italien met fin à sa stratégie agressive de tout-électrique pour privilégier la liberté de choix des clients entre véhicules électriques, hybrides et thermiques performants. Ce choix radical, annoncé début février 2026, répond à des pertes massives et à une demande décevante pour les VE purs.
Les pertes colossales qui ont forcé le virage
Le groupe Stellantis, formé de marques comme Peugeot, Citroën, Jeep, Fiat ou encore Dodge, traverse une crise profonde. En 2025, ses ventes mondiales ont chuté à 5,8 millions d'unités, en recul par rapport à l'année précédente. Le chiffre d'affaires 2024 avait déjà plongé de 17 % à 156,9 milliards d'euros, avec un volume de ventes en baisse de 12 % à 5,4 millions de véhicules. Ces chiffres alarmants s'expliquent en grande partie par un pari trop ambitieux sur l'électrification totale.
La stratégie impulsée sous l'ère Carlos Tavares visait 100 % de véhicules électriques en 2030 aux États-Unis et en Europe. Mais la réalité du marché a rattrapé le constructeur. La demande pour les VE purs reste faible, freinée par des prix élevés, une autonomie limitée pour certains usages et un réseau de recharge encore insuffisant. Aux États-Unis, la fin des subventions fédérales pour les électriques dès octobre 2025 et l'assouplissement des normes de décarbonation ont accéléré ce revirement.
Une provision historique de 22 milliards d'euros
Pour corriger le tir, Stellantis passe une charge exceptionnelle de 22,2 milliards d'euros au second semestre 2025. Ce montant colossal couvre l'arrêt de projets non rentables, comme le pick-up Ram 1500 électrique, et un redimensionnement de la chaîne d'approvisionnement. Parmi les postes clés : 2,1 milliards d'euros pour rationaliser la production de batteries, avec 0,7 milliard de sorties de cash sur quatre ans. Ce "reset", comme le nomme le nouveau directeur général Antonio Filosa, prépare un nouveau plan stratégique dévoilé le 21 mai 2026.
Les difficultés spécifiques des véhicules électriques chez Stellantis
Stellantis a surestimé la vitesse d'adoption des VE. En Europe, sa part de marché électrique stagne autour de 12 %, loin des objectifs initiaux. Les SUV lourds, pénalisés par le malus au poids récemment assoupli, n'ont pas trouvé preneur. Aux États-Unis, les clients plébiscitent les gros moteurs thermiques, comme le V8 HEMI sur le Ram 1500, plutôt que des versions électriques.
La concurrence chinoise accentue la pression. Des importations low-cost inondent le marché, rendant les VE européens moins compétitifs malgré des investissements massifs. Stellantis, qui a dépensé des milliards en batteries et R&D, se retrouve piégé par des capacités excédentaires et des stocks invendus.
Impact sur les ventes et la rentabilité
Les livraisons du quatrième trimestre 2025 sont estimées à 1,5 million d'unités, en hausse de 9 % sur un an, signe d'un frémissement positif. Au second semestre 2025, les ventes globales progressent de 11 %, et de 39 % en Amérique du Nord grâce au retour des thermiques puissants. En Europe, la relance de la Fiat 500 hybride dope les commandes. Malgré cela, la rentabilité reste un défi majeur, avec un objectif de retour aux comptes positifs dès 2026.
Les ajustements stratégiques : liberté de choix au cœur de la nouvelle ère
Stellantis pivote vers une offre multi-énergies. Fini le diktat du 100 % électrique : place à une gamme élargie incluant VE, hybrides et thermiques de pointe. Le groupe investit 13 milliards de dollars sur quatre ans aux États-Unis pour booster la croissance, avec le lancement de 5 nouveaux modèles et 19 évolutions.
Nouveautés phares et abandons ciblés
- Retour de la Jeep Cherokee, arrêtée sous Tavares, et du moteur HEMI iconique.
- Lancement de la Dodge Charger SIXPACK deux portes, de la Fiat Grande Panda et Fiat 500 Hybrid.
- Nouvelles générations Jeep Compass, Citroën C3 Aircross et C5 Aircross.
- Arrêt du Ram 1500 BEV et d'autres projets VE non rentables.
Ce rééquilibrage s'aligne sur les attentes réelles des automobilistes. Les hybrides, plus polyvalents et abordables, gagnent du terrain, tandis que les thermiques de dernière génération répondent aux besoins professionnels et aux amateurs de puissance.
Un contexte sectoriel : tous les constructeurs freinent
Stellantis n'est pas seul dans ce virage. Volkswagen ralentit ses modèles VE pour miser sur les hybrides, BMW parie sur la personnalisation et les PHEV, Renault et Peugeot subissent une baisse de demande en Europe. La prudence des consommateurs, face à l'inflation et aux incertitudes sur les infrastructures, dicte la nouvelle donne.
Face à la concurrence chinoise, Stellantis et Volkswagen plaident pour une stratégie "Made in Europe". Ils proposent un label certifiant la production locale (assemblage, R&D, batteries, électronique), couplé à un bonus CO₂ pour compenser les surcoûts. Cette alliance inédite vise à influencer le futur paquet automobile de la Commission européenne.
Enjeux géopolitiques et réglementaires
Les évolutions aux États-Unis, avec la suppression des aides et normes assouplies, contrastent avec l'Europe encore poussée vers l'électrique. Stellantis adapte sa production en conséquence, relançant les essence en Europe et les V8 outre-Atlantique. Ce pragmatisme pourrait redonner de l'air au groupe, mais soulève des questions sur l'avenir climatique du secteur.
Perspectives et défis à venir
Antonio Filosa se montre optimiste : hausses du chiffre d'affaires et des commandes attendues en 2026. Le nouveau plan stratégique du 21 mai précisera les investissements et les objectifs de volumes. Stellantis reste leader en VE – avec des avancées technologiques intactes – mais ajuste le rythme à la demande réelle.
Les suppressions de postes et fermetures chez les sous-traitants risquent d'être la face sombre de ce reset. La filière automobile européenne, déjà sous tension, pourrait subir des remous sociaux.
Conclusion : un pari risqué mais nécessaire ?
Stellantis trace une nouvelle voie, loin du tout-électrique idéologique. Ce reset de 22 milliards pourrait relancer le groupe vers une croissance rentable, en phase avec les clients. Reste à voir si cette liberté de choix séduira durablement face à la transition écologique inéluctable.
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