Deux mois après la présentation complète de la Luce, Ferrari affirme que les commandes de sa première voiture 100 % électrique progressent conformément à ses attentes, et qu'elles proviennent aussi bien de clients déjà propriétaires d'une Ferrari que de clients entièrement nouveaux. Le constructeur de Maranello s'exprimait le 30 juillet 2026, lors de la présentation de ses résultats du deuxième trimestre. Un chiffre circule par ailleurs dans la presse — un objectif annuel légèrement inférieur à 500 exemplaires qui serait déjà atteint — mais il provient du Financial Times, qui cite des sources anonymes, et Ferrari ne l'a pas confirmé. La distinction est essentielle : d'un côté une déclaration officielle qualitative, de l'autre une information de presse non validée par l'entreprise.
Ce que Ferrari accepte de dire, en revanche, est déjà instructif. L'arrivée de nouveaux clients dans le carnet de commandes d'un modèle électrique de très haut de gamme constitue un signal industriel plus intéressant que n'importe quel volume brut.
Ce que Ferrari a réellement déclaré le 30 juillet 2026
Interrogé par des journalistes en marge de la publication des résultats trimestriels, le directeur général Benedetto Vigna s'est dit très satisfait de la façon dont les commandes de la Luce évoluent, deux mois après le lancement. Il a précisé que cette dynamique était conforme aux attentes de l'entreprise, et que les clients ayant passé commande étaient à la fois des clients existants et de nouveaux clients — un point qu'il a lui aussi présenté comme conforme aux prévisions internes.
Le dirigeant a également écarté l'idée que Ferrari pousserait ce modèle par une pression commerciale particulière sur ses clients fidèles, estimant qu'il s'agit d'un produit que l'on achète par intérêt réel. Enfin, il a indiqué que la Luce n'avait pas modifié les plans électriques futurs de la marque. Ces déclarations, rapportées par Reuters, constituent à ce jour la position officielle la plus précise de Ferrari sur la réception commerciale du modèle.

Clients existants et nouveaux clients : pourquoi ce détail compte
Dans l'univers des marques de très haut de gamme, la clientèle est structurellement fermée. Les allocations vont en priorité aux propriétaires déjà connus de la marque, ce qui garantit l'écoulement des séries mais limite mécaniquement l'élargissement du bassin d'acheteurs. Affirmer qu'une partie des commandes vient de nouveaux clients revient donc à dire que le modèle joue, au moins partiellement, un rôle de porte d'entrée.
C'est précisément l'un des enjeux d'une première électrique dans ce segment : capter des acheteurs qui n'auraient pas franchi le pas avec une sportive thermique, sans perdre les clients historiques. Ferrari ne communique aucune répartition chiffrée entre ces deux populations, et il faut se garder d'en déduire une proportion. La seule information disponible est qualitative : les deux catégories sont présentes.
Une demande que Ferrari décrit comme répartie mondialement
Sur la géographie de la demande, Benedetto Vigna a été explicite : l'intérêt lui paraît réparti à l'échelle mondiale, et il ne dit pas observer de schéma géographique particulier, même s'il reconnaît que certains pays sont plus familiers des véhicules électriques que d'autres. Cette précision contredit toute lecture qui ferait d'un marché unique le moteur exclusif du carnet de commandes. Là encore, la prudence s'impose : Ferrari ne publie pas de ventilation par pays pour ce modèle.
Le chiffre du Financial Times : une information de presse, pas une donnée Ferrari
La veille de la publication des résultats, le Financial Times a rapporté, en citant des personnes proches du dossier, que Ferrari aurait déjà atteint son objectif de ventes 2026 pour la Luce, situé juste sous les 500 exemplaires, avec une demande chinoise décrite comme forte. Reuters a repris cette information en l'attribuant clairement au quotidien britannique.
Trois réserves s'imposent. D'abord, ce chiffre n'a pas été confirmé par Ferrari, qui ne publie pas d'objectif de volume par modèle. Ensuite, il repose sur des sources non identifiées. Enfin, la lecture géographique qui l'accompagne est en tension avec ce que déclare publiquement le directeur général, lequel dit ne pas identifier de schéma géographique spécifique. Tant que Ferrari n'a pas communiqué de données de commandes par modèle, ce chiffre doit être traité comme une information de presse et rien d'autre.

Un accueil critique que Ferrari ne nie pas
Reuters rappelle que la Luce avait suscité de nombreuses critiques au moment de son lancement, l'agence qualifiant le modèle de « clivant » et rappelant qu'il rompt avec l'esthétique traditionnelle de la marque et son héritage thermique. Il s'agit d'un constat journalistique sur la réception médiatique, et non d'une mesure de l'opinion des clients ni d'un fait établi par une étude.
Ferrari répond sur ce terrain en déplaçant le curseur du commentaire vers l'essai : selon Benedetto Vigna, les clients qui voient la voiture se montrent enthousiastes. Cette réponse est cohérente avec la pratique du segment, où la découverte physique du produit, en showroom ou lors d'événements privés, pèse davantage que les premières images diffusées en ligne. Elle ne constitue pas pour autant une réfutation chiffrée des critiques exprimées à la présentation. Nous avions déjà consacré un article à la découverte de l'habitacle de la Ferrari Luce, dont le parti pris intérieur avait beaucoup fait réagir.
Ce que disent les résultats trimestriels eux-mêmes
Le communiqué officiel publié à Maranello le 30 juillet 2026 ne détaille pas les commandes de la Luce, mais il éclaire le contexte financier. Ferrari annonce pour le deuxième trimestre 1 938 millions d'euros de revenus nets, en hausse de 8 %, un résultat opérationnel de 605 millions d'euros pour une marge de 31,2 %, un EBITDA de 755 millions d'euros avec une marge de 39,0 %, et un bénéfice net de 463 millions d'euros. Les livraisons du trimestre s'établissent à 3 366 unités, dans un contexte de renouvellement de gamme.
Surtout, le constructeur relève sa prévision annuelle d'EBITDA à au moins 2,97 milliards d'euros, contre au moins 2,93 milliards auparavant, en invoquant des personnalisations plus fortes qu'attendu et des effets de change moins défavorables. Dans le communiqué, Benedetto Vigna souligne que la gamme n'a jamais été aussi complète et que le carnet de commandes couvre déjà l'intégralité de 2027 — une donnée qui concerne l'ensemble de la marque, et non la seule Luce.
La Luce, telle que Ferrari la documente officiellement
Sur la fiche technique, seules les données publiées par Ferrari font foi. Le constructeur annonce quatre moteurs électriques, un par roue, pour une puissance maximale de 772 kW, soit 1 050 ch, avec un essieu avant de 210 kW et un essieu arrière de 620 kW. La batterie affiche une capacité brute de 122 kWh, une architecture 800 volts et une puissance de recharge maximale annoncée à 350 kW. Ferrari revendique 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, 310 km/h en vitesse de pointe et une autonomie de 530 km, la consommation WLTP étant indiquée comme en cours d'homologation. Le volume de coffre annoncé est de 597 litres.
Côté positionnement, Reuters évoque un tarif de 550 000 euros et décrit une berline à quatre portes et cinq places dévoilée en mai. Le tarif n'apparaît pas dans les documents officiels que nous avons consultés : il doit donc être attribué à l'agence, et non à Ferrari.
Ce que cela change pour le marché de l'électrique haut de gamme
L'intérêt de cette séquence dépasse le cas Ferrari. Elle illustre une question ouverte pour toutes les marques de prestige qui basculent vers l'électrique : la clientèle historique suit-elle, et le passage à la batterie amène-t-il de nouveaux acheteurs ? La réponse partielle donnée par Ferrari — les deux à la fois — est encourageante pour le segment, mais elle reste une déclaration d'entreprise, sans données publiques permettant de la vérifier.
Ce mouvement s'inscrit dans une tendance plus large que nous suivons régulièrement, celle de la supercar électrique comme nouveau visage du luxe, et dans une électrification du marché européen désormais mesurable, avec un quart du marché déjà atteint dans treize pays de l'Union européenne. Le très haut de gamme n'échappe pas à cette bascule, même s'il obéit à ses propres règles d'allocation et de rareté.
Ce qu'il faut retenir
Ferrari se déclare satisfaite de la marche des commandes de la Luce, décrit une demande conforme à ses attentes, mixte entre clients existants et nouveaux clients, et répartie mondialement. Le constructeur ne publie aucun volume de commandes, aucun calendrier de livraison ni aucune ventilation par pays. Le chiffre d'un objectif annuel proche de 500 unités déjà atteint reste, à ce stade, une information de presse attribuée au Financial Times.
Le prochain jalon utile sera la publication des résultats du troisième trimestre : c'est à ce moment que d'éventuels effets de la Luce sur les livraisons et le mix produit pourront commencer à être observés dans des documents officiels. D'ici là, prudence sur les chiffres qui circulent.
Sources
- Ferrari N.V., communiqué de résultats du deuxième trimestre 2026, « Personalizations and mix continue to drive strong results and 2026 guidance raise », Maranello, 30 juillet 2026 : https://www.ferrari.com/en-EN/corporate/articles/ferrari-financial-results-q2-2026
- Reuters, « Ferrari 'very pleased' with orders for Luce EV, CEO says », 30 juillet 2026 : https://www.reuters.com/business/retail-consumer/ferrari-very-pleased-with-orders-luce-ev-ceo-says-2026-07-30/
- Reuters, « Ferrari nudges up full-year forecasts after beating consensus in second quarter », 30 juillet 2026 : https://www.reuters.com/world/china/ferrari-nudges-up-full-year-forecasts-after-beating-consensus-second-quarter-2026-07-30/
- Ferrari Media Centre, « Ferrari Luce: a new chapter for the Maranello marque » (caractéristiques techniques officielles et photographie de une) : https://www.ferrari.com/en-EN/media-centre/articles/ferrari-luce-a-new-chapter-for-the-maranello-marque
- Ferrari, page officielle du modèle Ferrari Luce (médiathèque officielle du constructeur, photographies de corps d'article) : https://www.ferrari.com/en-EN/auto/ferrari-luce
- Crédits et provenance des visuels : les trois photographies sont des images officielles du constructeur, publiées par Ferrari sur son Media Centre et sur la page produit officielle du modèle. Elles sont reproduites ici dans un cadre strictement éditorial et d'information, avec mention du détenteur des droits, Ferrari S.p.A. Fichiers hébergés localement, sans hotlink. URL d'origine : https://cdn.ferrari.com/cms/network/media/img/resize/6a14539107936f0021e85b31-ferrari_luce_front_3q_16x9_media et https://www.ferrari.com/en-EN/auto/ferrari-luce
