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    Schaeffler abaisse de deux milliards son objectif e-mobility pour 2028

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    Klaus Rosenfeld, Matthias Zink et Thomas Stierle lors de la conférence de presse du Schaeffler Automotive Symposium 2026
    Crédit photo : Schaeffler

    Schaeffler a annoncé le 31 juillet 2026, par un communiqué d'information privilégiée, qu'il révisait à la baisse ses objectifs financiers pour 2028. L'équipementier allemand attend désormais un chiffre d'affaires de groupe compris entre 24 et 26 milliards d'euros, contre 27 à 29 milliards visés jusque-là. La correction la plus lourde concerne la division E-Mobility, celle qui conçoit et fabrique les moteurs et l'électronique de puissance des voitures électriques : son objectif de chiffre d'affaires pour 2028 perd environ deux milliards d'euros, et sa cible de rentabilité passe d'un équilibre garanti à une fourchette qui admet désormais une perte.

    L'annonce n'est pas un avertissement sur résultats classique. Elle porte sur des objectifs à trois ans, fixés lors du Capital Markets Day de septembre 2025, et découle de la planification stratégique annuelle du groupe. Elle dit surtout une chose : les volumes de véhicules électrifiés que les constructeurs avaient laissé entrevoir à leurs fournisseurs pour la fin de la décennie ne se matérialisent pas au rythme prévu.

    Ce que Schaeffler a réellement annoncé le 31 juillet 2026

    Le communiqué, publié à 11 h 12 CET au titre de l'article 17 du règlement européen sur les abus de marché, est d'une sobriété totale. Schaeffler y indique adapter les objectifs à moyen terme 2028 « en raison d'attentes de marché nettement réduites, en particulier pour l'activité voitures particulières et véhicules utilitaires légers ».

    Voici, précisément, ce qui change et ce qui ne change pas.

    Objectif 2028Nouvelle cibleCible précédente (septembre 2025)
    Chiffre d'affaires groupe24,00 à 26,00 Md€27,00 à 29,00 Md€
    Marge EBIT ajustée groupe6,0 % à 8,0 %6,0 % à 8,0 % (inchangée)
    Free cash-flow ajusté400 à 600 M€400 à 600 M€ (inchangé)
    Chiffre d'affaires E-Mobility6,25 à 7,25 Md€8,25 à 9,00 Md€
    Marge EBIT ajustée E-Mobility-4,0 % à 0,0 %au moins 0,0 %
    Chiffre d'affaires Bearings & Industrial Solutions6,50 à 7,00 Md€6,75 à 7,25 Md€
    Marge EBIT ajustée Powertrain & Chassis10,5 % à 12,5 %10,0 % à 12,0 %
    Marge EBIT ajustée Vehicle Lifetime Solutions14,0 % à 16,0 %13,5 % à 15,5 %

    Deux enseignements ressortent de ce tableau. D'abord, la révision n'est pas uniforme : les activités liées au thermique et à l'entretien du parc roulant — Powertrain & Chassis d'un côté, Vehicle Lifetime Solutions, c'est-à-dire la rechange automobile, de l'autre — voient au contraire leurs objectifs de marge relevés d'un demi-point chacun. Ensuite, Schaeffler maintient sa cible de marge de groupe et de génération de trésorerie : le groupe promet donc la même rentabilité sur un chiffre d'affaires inférieur de trois milliards d'euros, ce qui implique mécaniquement des économies supplémentaires.

    Représentation numérique d'une voiture électrique en transparence montrant la batterie et la chaîne de traction, sur un écran de conception Schaeffler
    Crédit photo : Schaeffler

    E-Mobility : le carnet de commandes, pas la technologie

    Schaeffler attribue explicitement la baisse de l'objectif E-Mobility à « une adaptation du carnet de commandes liée au marché ». La formule mérite d'être lue attentivement. Un équipementier de rang 1 ne vend pas au consommateur : il signe avec des constructeurs des contrats portant sur des programmes de véhicules, avec des volumes prévisionnels étalés sur plusieurs années. Quand un constructeur reporte le lancement d'un modèle électrique, réduit ses cadences ou abandonne une plateforme, la ligne correspondante du carnet de commandes du fournisseur fond, parfois plusieurs années avant que le public n'en voie la trace en concession.

    C'est donc une révision de volumes attendus, et non un problème de compétitivité technique revendiqué par l'entreprise. Schaeffler ne dit pas qu'il perd des appels d'offres face à des concurrents : il dit que le gâteau prévu pour 2028 est plus petit. Le communiqué précise d'ailleurs que « l'atteinte du seuil de rentabilité au niveau opérationnel reste dans le viseur » de la division. Autrement dit, l'objectif d'équilibre n'est pas abandonné, il n'est plus garanti dans la fourchette annoncée aux investisseurs.

    La nuance compte, parce que la division E-Mobility est le produit d'un pari industriel majeur : la fusion avec Vitesco Technologies, finalisée en 2024, avait précisément pour but de constituer un acteur de taille critique dans l'électronique de puissance et les chaînes de traction électriques. Un objectif de chiffre d'affaires ramené à 6,25-7,25 milliards d'euros en 2028 revient à admettre que la montée en charge de cet ensemble sera plus lente que prévu.

    Où en est réellement la division aujourd'hui

    Les résultats du premier trimestre 2026, publiés le 5 mai 2026, donnent une photographie utile. Sur les trois premiers mois de l'année, E-Mobility a réalisé 1 210 millions d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 6,0 % à taux de change constants, portée par des montées en cadence de produits en Europe et en Asie-Pacifique. Son EBIT avant éléments exceptionnels s'est amélioré à -215 millions d'euros, contre -269 millions un an plus tôt, soit une marge de -17,8 % au lieu de -23,1 %.

    La trajectoire est donc bien celle d'un redressement, mais elle part de très loin. Passer d'une marge de -17,8 % au premier trimestre 2026 à un point compris entre -4 % et 0 % en 2028 reste une pente exigeante — simplement moins exigeante que l'équilibre strict promis un an plus tôt. À l'échelle du groupe, le premier trimestre affichait 5 764 millions d'euros de chiffre d'affaires et une marge EBIT avant éléments exceptionnels de 5,0 %, contre 4,7 % un an plus tôt, avec des divisions Powertrain & Chassis (11,5 %) et Vehicle Lifetime Solutions (15,9 %) qui financent, de fait, l'électrification.

    Ce déséquilibre interne explique la logique de la révision : Schaeffler relève les objectifs des activités qui gagnent de l'argent aujourd'hui et abaisse celui de la division qui en consomme, tout en maintenant la promesse faite aux actionnaires sur la marge globale.

    Bâtiment du centre technologique Schaeffler de Bühl, site dédié aux technologies pour l'automobile
    Crédit photo : Schaeffler

    Un signal sur le rythme du marché, pas sur sa direction

    Il serait tentant de lire cette annonce comme un recul de la voiture électrique. Les chiffres de marché disent autre chose : l'électrique continue de progresser en Europe, au point de représenter un quart des immatriculations dans treize pays de l'Union européenne. Ce qui se corrige, c'est l'écart entre les projections de la période 2021-2023 — sur lesquelles les équipementiers ont dimensionné leurs usines, leurs effectifs et leurs lignes de production — et une croissance réelle plus lente et plus heurtée.

    Cet écart-là a un coût, et il est supporté d'abord par les fournisseurs. Un équipementier engage ses investissements deux à quatre ans avant le premier véhicule livré ; si les volumes arrivent avec un an ou deux de retard, l'amortissement s'étale sur moins d'unités et la marge s'effondre. C'est exactement ce que traduit une fourchette de rentabilité descendue à -4 %.

    Le phénomène n'est pas propre à Schaeffler. Chez les constructeurs eux-mêmes, la même tension entre volumes, prix et investissements se lit dans les comptes : Tesla a vu ses livraisons rebondir au deuxième trimestre 2026 tout en subissant la pression de ses investissements sur sa trésorerie. Côté politique publique, le cadre européen reste orienté vers l'électrification, avec un plan qui structure les aides à l'achat et le déploiement de la recharge — mais un plan ne remplace pas un carnet de commandes signé.

    Ce que cela change concrètement pour les automobilistes

    À court terme, rien de visible en concession. Une révision d'objectifs à horizon 2028 n'annule aucun modèle et ne modifie aucun prix affiché aujourd'hui. À moyen terme, en revanche, les décisions d'un fournisseur de cette taille finissent par se voir dans les véhicules : rythme des lancements, choix des architectures 800 volts, généralisation ou non de certaines briques technologiques sur les modèles d'entrée et de milieu de gamme.

    Un point mérite d'être surveillé plus que les autres : la division Vehicle Lifetime Solutions, qui fournit la rechange indépendante, voit son objectif de marge relevé. C'est le signe que le parc roulant thermique et hybride restera longtemps une source de revenus, et que les équipementiers gèrent désormais deux temporalités en parallèle — un parc existant très rentable et un marché électrique qui monte moins vite que promis.

    Ce qu'il reste à confirmer

    Schaeffler a annoncé qu'il publierait ses résultats du premier semestre 2026 le 5 août 2026 et qu'il donnerait à cette occasion des informations complémentaires sur l'adaptation de ses objectifs à moyen terme. Trois questions restent ouvertes : quels programmes clients précis ont été retirés du carnet de commandes E-Mobility, quelles mesures d'économies permettront de tenir une marge de groupe de 6 à 8 % sur un chiffre d'affaires réduit, et si des ajustements d'effectifs ou de capacités industrielles accompagneront cette révision. Le communiqué du 31 juillet n'apporte aucune réponse sur ces trois points.

    Un mot enfin sur la réaction boursière. Selon le Wall Street Journal, l'action Schaeffler reculait de près de 10 % le 31 juillet 2026 en matinée européenne, à environ 7,30 euros, après l'annonce. Cette variation de cours relève du commentaire de marché et ne figure pas dans la communication officielle du groupe.

    Sources

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    À propos de l'auteur

    Cyril Marcq

    Journaliste automobile spécialisé dans les véhicules électriques et la mobilité durable.

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