Stellantis ouvre ses usines européennes aux Chinois : décryptage d'une stratégie vitale
Dans un secteur automobile en pleine mutation, Stellantis envisage d'ouvrir ses usines sous-utilisées aux constructeurs chinois. Cette alliance inattendue pourrait relancer des sites en difficulté tout en accélérant l'implantation des géants asiatiques en Europe. Décryptons cette stratégie audacieuse qui redessine les contours de l'industrie.
Des usines en surcapacité : le défi européen de Stellantis
Stellantis fait face à un dilemme majeur : plusieurs de ses usines en Europe tournent au ralenti, plombées par une surcapacité de production. En France, l'usine de Rennes-La Janais peine à maintenir son activité, tandis qu'en Espagne, le site de Saragosse et celui de Madrid cherchent de nouvelles charges. En Italie, l'usine de Cassino subit les mêmes pressions. Ces sites, autrefois dédiés à des modèles emblématiques comme la Peugeot 208 ou la Lancia Ypsilon, risquent l'inactivité sans injection de nouveaux projets.
Le groupe franco-italo-américain privilégie désormais ses capacités en Amérique du Sud, jugées plus rentables face aux réglementations européennes strictes. Cette réorientation laisse des opportunités inédites pour des partenariats externes.
Les constructeurs chinois à l'assaut de l'Europe
Dongfeng cible Rennes pour sa base européenne
Le géant chinois Dongfeng a posé un pied concret en Europe en visitant discrètement l'usine de Rennes les 11 et 12 avril. Des négociations avancées visent à transformer ce site breton en hub de production pour les modèles destinés au Vieux Continent. Un accord pourrait être scellé avant le 21 mai, coïncidant avec la présentation du nouveau plan stratégique de Stellantis. À Rennes, les salariés oscillent entre inquiétude et espoir : une cession totale semble exclue, mais un partage de l'usine pourrait sécuriser l'emploi en introduisant une nouvelle charge de travail.
Saragosse au cœur des ambitions espagnoles
En Espagne, Saragosse attire les regards. La start-up Leapmotor, déjà alliée de Stellantis, prévoit d'y assembler ses véhicules électriques dès que possible. Parallèlement, Hongqi, marque d'État chinoise historiquement liée aux leaders de Pékin, explore ce même site pour lancer ses modèles hybrides et électriques. Des discussions avec Chery et d'autres acteurs comme GAC ou XPeng renforcent cette dynamique, via des partenariats avec des équipementiers comme Magna en Autriche.
Une stratégie gagnant-gagnant pour Stellantis ?
Pour Stellantis, ouvrir ses portes aux Chinois permet de rentabiliser ses actifs sous-employés sans investissements massifs. Cela répond aussi à la pression concurrentielle des véhicules électriques chinois, souvent plus abordables et performants. Le groupe diversifie ainsi ses revenus tout en maintenant une présence industrielle en Europe, évitant des fermetures coûteuses et politiquement sensibles.
Du côté chinois, ces alliances contournent les barrières douanières et les taxes sur les importations, facilitant une implantation rapide. Dongfeng, Leapmotor, Hongqi : ces acteurs transforment les usines européennes en tremplins pour conquérir le marché local.
Les enjeux pour l'emploi et l'avenir
À Rennes, les syndicats comme la CFDT tempèrent l'enthousiasme : l'usine n'est pas à vendre, mais un partenariat pourrait stabiliser les deux-huit actuels. En Espagne et ailleurs, ces collaborations promettent de relancer des sites en perte de vitesse, préservant des milliers d'emplois.
Cette tendance s'étend au-delà de Stellantis : Nissan discute avec Chery pour son usine de Sunderland au Royaume-Uni, illustrant une reconfiguration globale du secteur.
Stellantis trace la voie d'une hybridation industrielle indispensable face à la transition électrique. Reste à voir si ces alliances préserveront l'identité européenne ou accéléreront la sinisation du marché. Suivez EV Magazine pour les dernières évolutions et partagez votre avis en commentaire : cette stratégie sauvera-t-elle Stellantis ?

