Rivian a publié ses résultats du deuxième trimestre 2026 le 30 juillet 2026. Le trimestre marque une étape attendue depuis deux ans : les premières livraisons du R2 à des clients extérieurs à l'entreprise. Il révèle surtout une structure économique inhabituelle pour un constructeur automobile, où la marge brute ne vient pas de la vente des voitures.
12 194 livraisons et 1,658 milliard de dollars de revenus
Sur le trimestre, Rivian annonce 12 194 véhicules livrés, contre 10 661 un an plus tôt, soit une progression de 14 %. La production atteint 12 613 unités, en hausse de 111 % sur un an, un écart qui traduit la montée en cadence de l'usine de Normal, dans l'Illinois. Le cumul des livraisons depuis le lancement de la marque s'établit à 187 759 véhicules, selon la présentation de résultats du constructeur.
Le chiffre d'affaires ressort à 1,658 milliard de dollars, en croissance de 27 % sur un an. Il se répartit entre 1,143 milliard pour le segment automobile et 515 millions pour le segment logiciels et services.
Marge brute : 179 millions de dollars, mais pas grâce aux voitures
Rivian affiche une marge brute consolidée de 179 millions de dollars sur le trimestre, contre une perte brute de 206 millions un an plus tôt. L'amélioration est réelle, mais sa composition mérite d'être lue précisément.
Le segment automobile, qui regroupe la production et la vente des véhicules électriques ainsi que la vente des crédits réglementaires générés par cette activité, reste déficitaire à hauteur de 36 millions de dollars de marge brute (1,143 milliard de revenus pour 1,179 milliard de coûts). Rivian précise que ses revenus automobiles liés aux crédits réglementaires sont passés de 3 millions de dollars au deuxième trimestre 2025 à 106 millions un an plus tard, et qu'un remboursement de droits de douane au titre de l'IEEPA a également contribué à l'amélioration. Autrement dit, une partie notable du redressement du segment automobile ne provient pas de la vente de voitures.
Le segment logiciels et services dégage pour sa part 215 millions de dollars de marge brute pour 515 millions de revenus, soit une marge de 42 %. Selon la définition retenue par Rivian, ce segment tire ses revenus des services de développement d'architecture électronique et logicielle véhicule, de la revente de véhicules d'occasion et de reprises, ainsi que de l'entretien et de la réparation ; s'y ajoutent Autonomy+, les abonnements logiciels, les contrats de service étendus, les accessoires et les crédits réglementaires qui ne sont pas générés par la production et la vente de véhicules électriques. Sur le trimestre, Rivian indique avoir reconnu 308 millions de dollars de revenus au titre de l'obligation de performance combinée avec le groupe Volkswagen, soit environ 60 % des 515 millions du segment. Sans cette contribution, la lecture de la marge brute consolidée serait très différente.

Le R2, pièce maîtresse du modèle industriel
Rivian indique avoir commencé les livraisons de R2 à des clients externes le 9 juin 2026. Ce SUV de taille intermédiaire est le véhicule sur lequel l'entreprise fonde ses objectifs de croissance et de rentabilité à long terme. Avec le démarrage de la production du R2 à Normal, la direction dit s'attendre à réaliser d'importantes économies de coûts fixes au cours des prochains trimestres, grâce à une meilleure utilisation des ateliers de production partagés entre les R1, le R2 et les utilitaires. Il s'agit d'une attente affichée par le constructeur, pas d'un résultat constaté.
La logique est classique dans l'industrie : un véhicule produit en volume amortit les investissements et améliore le pouvoir de négociation avec les fournisseurs. Elle suppose toutefois que la cadence suive. Rivian maintient une prévision de 65 000 à 70 000 livraisons pour l'ensemble de l'exercice 2026, ce qui implique une seconde moitié d'année sensiblement plus forte que la première.
La comparaison avec les autres acteurs du secteur est instructive : Tesla a vu ses livraisons rebondir au deuxième trimestre 2026 tout en subissant la pression de ses investissements, tandis que BYD s'appuie sur l'exportation pour soutenir ses volumes mondiaux. Du côté de Rivian, la maîtrise industrielle passe aussi par l'amont : le constructeur a engagé une démarche de réemploi de ses anciennes batteries pour alimenter son usine.
Réseau, services et présence commerciale
Rivian continue d'étendre son infrastructure. Le Rivian Adventure Network compte 155 sites et 1 073 bornes de recharge, contre 123 sites et 781 bornes un an plus tôt. Le réseau commercial atteint 43 Rivian Spaces et 104 centres de service. L'entreprise revendique plus de 57 000 essais de démonstration sur le trimestre — un chiffre qui inclut, selon sa note de bas de page, les événements marketing et les « Electric Joyrides » —, en hausse de 104 % sur un an.

Trésorerie : la question du financement reste ouverte
Rivian affiche une perte nette attribuable aux actionnaires ordinaires de 833 millions de dollars sur le trimestre et un EBITDA ajusté (non-GAAP) négatif de 379 millions, en amélioration de 288 millions par rapport au deuxième trimestre 2025. Le flux de trésorerie disponible (non-GAAP) reste négatif, à 849 millions de dollars, conséquence des dépenses d'investissement liées au R2 et au site de Géorgie.
Les liquidités totales s'établissent à 5,846 milliards de dollars à la fin du trimestre, contre 6,588 milliards au 31 décembre 2025, dont 536 millions de disponibilité sur la facilité ABL. Rivian a par ailleurs reçu 1 milliard de dollars du groupe Volkswagen en avril 2026 au titre de l'atteinte des Testing Milestones, et mentionne jusqu'à 1,5 milliard supplémentaire soumis à conditions. Après la clôture du trimestre, en juillet 2026, l'entreprise a levé environ 1,3 milliard de dollars nets via l'émission de 86,25 millions d'actions de classe A à 15,50 dollars.
Ce qu'il faut retenir
Le deuxième trimestre 2026 valide la trajectoire industrielle de Rivian sans valider son modèle économique. Le R2 est en production et livré, la marge brute consolidée est positive, et les revenus logiciels et services y contribuent de façon déterminante sur ce trimestre. Mais tant que le segment automobile reste en perte brute, la rentabilité brute du groupe repose largement sur un accord de coentreprise dont les revenus sont reconnus, selon Rivian, jusqu'à environ mi-2028.
Le vrai test viendra des trimestres suivants : si le coût unitaire du R2 baisse au rythme espéré par l'entreprise et si les volumes atteignent la fourchette annoncée, l'automobile pourrait repasser en marge brute positive. Dans le cas contraire, l'équilibre du groupe resterait dépendant de revenus non automobiles, sans qu'il soit possible aujourd'hui d'en garantir la pérennité.
Sources
- Source primaire : Rivian Automotive, Inc., communiqué de résultats du deuxième trimestre 2026, 30 juillet 2026 — communiqué (Form 8-K, exhibit 99.1, SEC) et présentation de résultats Q2 2026 (exhibit 99.2).
- Seconde source : Rivian Automotive, Inc., rapport trimestriel Form 10-Q au 30 juin 2026, déposé auprès de la SEC (segments, note « Revenues », liquidités).
- Relations investisseurs du constructeur : rivian.com/investors.
Crédits et provenance des visuels — photographies officielles issues de la médiathèque de marque Rivian (media.rivian.com, pages produit rivian.com/experience/r2 et rivian.com/spaces), reproduites à des fins d'illustration éditoriale. © Rivian Automotive, Inc. — tous droits réservés. Fichiers utilisés sur cette page : R2 sur route côtière, intérieur du R2, Rivian Space.
